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la guerre de 1870 - 1871 dans l'Ain : les Franc-Tireurs

Face à la désastreuse campagne militaire, le Gouvernement tente par tous les moyens possibles d'endiguer l'avance prussienne. Dans toute la France des comités de défense nationale se crées. Très rapidement, l'idée de faire appel à des volontaires germe et le 31 juillet 1870, le ministre de la Guerre par intérim propose la levée de corps de volontaires francs-tireurs. 450 corps-francs vont être créés, représentant près de 80 000 hommes, soit l’équivalent de trois corps d’armée.

Les francs-tireurs apparaissent au gouvernement comme le mode d'organisation combattant le plus adapté "aux nécessités du moment et se prêter plus facilement à la diversité des situations locales"1  En effet, depuis les essais réussis de 1814 et 1815, la création des corps francs dans l'armée française apparaît comme acquise par la décision impériale du 28 mars 1868 qui réglemente ce type d'unité, alors annexées à la Garde Nationale Mobile. Avec la guerre, le statut des francs-tireurs est modifié avec l'aval du ministre de l'Intérieur. Ils sont désormais créés en dehors des compagnies rattachées à la Garde Nationale Mobile et le sont pour une durée indéterminée puisqu'ils le sont pour la durée de la guerre et non plus pour 1 an comme le règlement de 1868 le prévoyait. Leur but est spécialement d'assurer la sécurité de leur foyer, autrement dit d'intervenir comme une force combattante de l'intérieur spécialiste de son théâtre d'opération. Le ministre les place à la même échelle que les Gardes Nationaux Sédentaires mais plus qualifiés, étant donnés qu'ils se seront "uniquement composés de volontaires choisis avec soin, habitués au maniement des armes"2.

Mais cette mise en place des corps francs pose des problèmes politiques au gouvernement. Qui doit désigner les officiers ? mais surtout comment mettre à la botte de l'Etat ces troupes armées autonomes, qui pourraient vite de venir des instruments insurrectionnels ? Le 9 août 1870, le ministre de l'Intérieur donne un mode d'organisation des corps-francs. Leurs officiers pourront être désignés provisoirement par les corps-francs, à condition qu'ils soient mis à la disposition de l'autorité militaire. Le 11 août, une dépêche télégraphique du ministre de la guerre autorise le préfet de l'Ain à concourir à la formation de corps-francs dans le département et à nommer, avec les corps-francs, des capitaines, lieutenants et sous lieutenants. Mais la guerre et les premiers revers de l’armée française, pousse le gouvernement à agir dans l’urgence. Le 12 août, une dépêche télégraphique du ministre de l’Intérieur informe le préfet de l’Ain d’une nouvelle destination des francs-tireurs pour cette fois “ marcher à l’ennemi ”3. Si le ministre se fait inquiet quand aux engagements dans ces circonstances, cette mobilisation de fait des francs-tireurs n’effraye pas les volontaires de l’Ain.

Toutefois, synchronisation de l’organisation entre les administrations du département de l’Ain n’est pas efficace pour la formation des corps-francs. Le 12 août 1870, le sous-préfet de Nantua demande au préfet de l’Ain si il a fait imprimer un appel aux volontaires pour les maires ou si il doit le faire pour son arrondissement.

Très rapidement dans le Bugey, les volontaires se font connaître mais donnent lieu à des interrogations ; peut on intégrer des Garde Nationale Mobile et des jeunes gens de 25 à 35 ans dans les francs-tireurs, demande le sous préfet de Nantua au ministre de l'Intérieur, le 12 août. Le jour même, le ministre répond que les compagnies de francs-tireurs ne doivent pas compter des Gardes Nationaux Mobile, ni des appelés et le 16, le général commandant l’Ain confirme l’impossibilité pour les corps-francs de recruter des hommes du contingent entre 25 et 35 ans ainsi que les conscrits de 1870. A Belley, le 12 août, le sous préfet de Belley demande l'autorisation à Bourg, pour réunir les volontaires au chef lieu d'arrondissement et de procéder à la désignation des officiers et des sous-officiers.

Face à l’urgence de la situation, le ministre de l’Intérieur demande aux préfet, le 13 août, de simplifier leurs rapports sur la formation des corps-francs et dès le 19, les bureaux du ministre étant embarrassés par l’organisation des corps-francs, ce dernier demande aux préfets de ne plus accorder de nouvelles autorisations. Toutefois, le préfet de l’Ain contourne cette directive et essaye de constituer un corps de 2 000 volontaires régionaux afin de rejoindre les volontaires alsaciens à Mulhouse et Strasbourg. Pour cela, il demande le soutien de la Côte d’Or, qui lui annonce, le 22 août, qu’il ne peut concourir à cette participation, car 200 hommes sont déjà levés pour garder les passages de Chaumont. Quand au préfet du Jura, lorsque le préfet de l’Ain lui demande sa participation au corps de volontaires, ce dernier, le 24 août, pose la question de la pratiquabilité de cette formation dans un moment de crise. Si il avoue que son département est désarmé, sans communications, il préfère compter sur les corps de Bazaine et MacMahon pour donner le temps d’organiser la défense nationale, bien qu’il ait constitué trois corps de forestiers en guides éclaireurs armés pour défendre les Vosges. Mais face à l’inertie qui les condamne à l’inaction, le préfet du Jura se montre très défaitiste : “ pauvre pays, une hiérarchie de médiocrité le domine et le laisse désarmé ”4. C’est un refus de dépit. Informé par le préfet de l’Ain de la formation de ce corps de volontaires régionaux, le ministre de l’Intérieur l‘autorise, le 25 août, à former des corps de volontaires suivant les conditions édictées par le ministre de la Guerre.

Le 13 août, le ministre de l’Intérieur demande aux préfets une simplification des déclarations des corps-francs. Mais, avec les événements, le rôle du préfet est atténuée par la circulaire du ministre de l’Intérieur du 2 septembre qui le décharge de donner des avis sur la formation de corps-francs et le transfert au général commandant le département. L’Etat coupe l’autonomie préfectorale et créé une différenciation entre corps-francs et francs-tireurs : ces derniers étant régulièrement formés dans l’Est de la France par le Ministre de la Guerre et dont les officiers sont nommés par décrets impériaux. Ce qui relègue les cors-francs à des bandes armées sur directives des préfets, sortes de guerilléros peu fiables de seconde zone. De leurs côtés, les francs-tireurs sont rapidement agglomérés à l’armée régulière et pris en main par le Gouvernement de la Défense Nationale. Le 29 septembre, de Tours, le ministre de l’Intérieur annonce que les francs-tireurs sont mis à la disposition du ministre de la Guerre et soumis à la discipline militaire et le 12 octobre, le gouvernement déclare n’autoriser leur constitution régulière qu’après autorisation par un décret ministériel, sur rapport du préfet, ce qui entraîne leur légalité comme belligérants et leur solde. Ces mesures de reprises en main des corps de francs-tireurs pas le Gouvernement démontre alors le réel besoin qu’a ce dernier des francs-tireurs puisqu’il autorise, le 23 octobre 1870, les Gardes Nationaux Mobiles à s’engager comme francs-tireurs, rendant caduque sa décision du 12 août.

Théoriquement leurs armes, leurs sont fournies par le département de la guerre (4e direction) sur demandes faites auprès des préfets. A partir de la mobilisation du 12 août 1870, les francs-tireurs sont assurer d’être armés et doivent désormais recevoir une formation de tir aux chefs lieux d’arrondissements, avec les armes des pompiers. Le 25 août, si le ministre de l’Intérieur confirme l’armement des corps francs, il annonce ne pas pouvoir leur donner de solde. Cet avis de non solde est confirmé par la circulaire du ministre de l’Intérieur du 2 septembre.

Dès lors tout s’enchaîne rapidement.

 

Jérôme Croyet, Docteur en Histoire,

 

cours donné à l’Université Tous Ages, Lyon II. Année universitaire 2003 - 2004

 

1 Directive du ministre de la Guerre, 31 juillet 1870. A.D. Ain 4R 2.

2 Directive du ministre de la Guerre, 31 juillet 1870. A.D. Ain 4R 2.

3 Dépêche du ministre de l’Intérieur, 12 août 1870. A.D. Ain 4R 2.

 

4 Lettre du préfet du Jura au préfet de l’Ain, 24 août 1870. A.D. Ain 4R.

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